Pourquoi ce module existe
À la fin de cette leçon, vous devez être capable d’écrire, en dix lignes maximum, un glossaire pour une TPE — marque vs performance, contenu, social, SEO, SEA, courriel, analytics, brief, livrable, droits — sans phrase de hype (« dix mille dollars », « métier qui recrute », « soyez viral »). Un document qu’un·e inconnu·e comprend. Pas un cours de campagnes.
Le marketing digital n’est pas un secret. C’est un domaine : plusieurs métiers, plusieurs outils, plusieurs façons de payer (ou de ne pas payer). Si les mots se mélangent, vous achetez le mauvais outil, vous promettez le mauvais livrable, et vous appelez « stratégie » ce qui n’est qu’un post du dimanche.
Ce parcours est une carte. L’initiation au digital montre comment une page Facebook et une pub se tiennent, concrètement. Ici, on nomme le terrain avant de choisir un pack (UGC, visuels, page réseaux) ou un rôle. On ne refait pas Ads.
Au Québec, une facture s’entend avant TPS/TVQ ; ce n’est pas un cours fiscal — un CPA tranchera selon votre statut.
Le piège classique
On apprend le marketing sur des Reels. Une personne sourit, un dashboard vert, « j’ai quitté mon 9 to 5 ». Vous retenez trois mots : funnel, scale, personal brand. Vous les recollerez lundi à Camille.
Fil rouge — Camille, Café Saint-Roch. Camille tient un café de huit tables à Québec. Table d’hôte le midi, viennoiseries le samedi. Elle veut « un peu de visibilité ». Elle n’a jamais briefé personne. Si vous arrivez avec « on va faire du branding et du performance en même temps, l’IA s’occupe du SEO », elle entendra : logo neuf, pubs payantes, première page Google, stories tous les jours, et un salaire de community manager. Ce n’est pas de la mauvaise foi. C’est ce que le jargon veut dire, quand rien n’est défini.
Le contre-exemple : vous lui parlez « d’audience qualifiée » et de « contents assets ». Le mercredi, elle demande pourquoi personne n’est venu samedi 9 h. Vous n’avez aucun mot à vous — seulement des anglicismes. Le conflit n’est pas Camille « pas digitale ». C’est un vocabulaire manquant.
Autre variante : vous confondez SEO (être trouvé sans pub, sur la durée) et SEA (payer pour apparaître), ou vous appelez « livrable » la visibilité. La visibilité n’est pas un fichier.
Ce que cette carte n’est pas
Pas l’audit Facebook ni le budget Ads — ça reste dans l’initiation. Pas un pack UGC, visuels ou page réseaux. Pas AWS, pas du code. Ici : les mots. Outils, opportunités et rôles : leçons 2 à 4.
La méthode
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Séparez marque et performance avant toute phrase « on va booster ». Marque : est-ce qu’on reconnaît le café (nom, ton, visuel, ce qu’on a le droit de dire) ? Performance : est-ce qu’un geste mesurable arrive (écrire, passer, réserver) grâce à un levier payant ou à un canal suivi ? Les deux existent. Les coller dans la même phrase, le premier lundi, coûte cher. Pour Camille, la marque c’est la table d’hôte et le tutoiement ; la performance, ce serait une pub « samedi 9 h » si elle a un budget — ce n’est pas le pack de cette carte.
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Nommez le canal, pas « les réseaux ». Contenu : textes, photos, vidéos utiles avant de parler plateforme. Social : Facebook, Instagram, parfois LinkedIn — une page, pas « être partout ». Courriel : une liste que des gens ont acceptée, pas un export d’abonné·es collé dans un chat IA. SEO : pages web que Google (et les gens) peuvent trouver sans pub. SEA : la pub sur ces mêmes moteurs. Analytics : compter ce qui s’est passé, pas décorer un écran.
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Écrivez brief et livrable comme deux objets distincts. Le brief, c’est la commande : offre, audience, ton, interdits, geste voulu. Le livrable, c’est ce qui se remet : un fichier, un nombre, une date, un aller-retour. « De la visibilité » n’est ni l’un ni l’autre. Sans brief, vous produisez deux fois. Sans livrable, vous ne savez jamais quand c’est fini.
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Ajoutez les droits d’usage dans la même page. Qui a le droit de republier ? Combien de temps ? Quels visages, quels lieux ? Une photo de cliente sans accord n’est pas un « asset ». Au Québec, coller un nom, un courriel ou un message privé dans un outil d’IA, c’est aussi une question de renseignements personnels (Loi 25) — on la nomme, on ne fait pas les avocat·es.
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Rayez la hype avant d’envoyer. Relisez vos dix lignes. S’il reste « viral », « 10 k », « scale », « on va exploser », vous n’avez pas un glossaire. Vous avez un Reel. Camille n’a pas besoin d’un Reel. Elle a besoin de mots qu’elle peut signer.
Gabarit copiable — glossaire TPE (10 lignes)
Copiez, remplissez pour une affaire (Camille, ou la vôtre). Une phrase par ligne. Français du Québec. Montants, s’il y en a, en dollars canadiens avant TPS/TVQ.
GLOSSAIRE MARKETING — [nom de l’affaire]
Date :
Marque : ce qu’on reconnaît (offre, ton, visuel) — pas une pub.
Performance : un geste mesurable (écrire / passer / réserver), si on le paie ou le suit.
Contenu : textes et images utiles, avant la plateforme.
Social : quelle(s) page(s), pas « tous les réseaux ».
SEO : être trouvé sans pub, sur la durée — pas magique, pas immédiat.
SEA : pub sur les moteurs. Ce n’est pas le SEO.
Courriel : messages à des gens qui ont dit oui. Pas un fichier volé.
Analytics : ce qu’on compte (un geste), pas un dashboard pour faire joli.
Brief : offre, audience, ton, interdits, geste — écrit avant de produire.
Livrable : fichiers + nombre + date + un aller-retour. Pas « la visibilité ».
Droits : qui republie, combien de temps, quels visages / lieux. Hors-scope écrit.
Interdits de langage : viral, 10 k$, métier qui recrute, hack, scale.
TPS/TVQ : mentionnées si un prix apparaît ; pas un conseil fiscal.
Un tiers qui ne connaît pas le café doit pouvoir lire ça sans demander « c’est quoi le branding ».
Cas travaillé — Camille valide (ou pas)
Version trop floue (à ne pas envoyer) :
On va booster ta marque sur tous les réseaux, SEO + ads, l’IA écrit, tu vas closer.
Pourquoi ça casse : marque et performance collées, SEO et SEA mélangés, pas de brief, pas de livrable, hype. Camille peut y coller un logo, un budget pub, et un contrat 24 h / 24.
Version qui tient :
Marque : table d’hôte le midi, viennoiseries le samedi, tutoiement, quartier Saint-Roch.
Performance : pas de pub cette fois. Geste visé plus tard : écrire à la page pour une table.
Contenu / social : huit posts + calendrier 30 jours, une page, pas cinq.
SEO/SEA : hors-scope (site et pubs = autre conversation, initiation ou avenant).
Courriel : hors-scope. Analytics : on compte les messages à la page, pas les « vues ».
Brief + livrable : voir pack page réseaux. Droits : pas de visages client·es.
Si Camille ajoute « et Google, et TikTok », ça n’entre que par avenant. Le glossaire se relit avant l’outil.
Exercice pratique
Prenez une affaire réelle près de chez vous (ou Café Saint-Roch si vous n’en avez pas). Remplissez le gabarit. Si une ligne reste un slogan, elle n’est pas cadrable — et vous n’ouvrez pas Canva.
Grille d’autocorrection — ✔ ou ✘, rien au milieu :
- ✔/✘ Marque et performance tiennent en deux phrases distinctes, pas collées ?
- ✔/✘ SEO et SEA sont deux lignes, pas un seul « Google » ?
- ✔/✘ Brief et livrable sont nommés (commande vs fichiers), pas « de la visibilité » ?
- ✔/✘ Droits : au moins un interdit visages / lieux / données ?
- ✔/✘ Zéro hype (« viral », « 10 k », « recrute », « hack ») dans les dix lignes ?
- ✔/✘ Un tiers qui ne connaît pas l’affaire comprend le glossaire sans vous ?
Quatre ✘ ou plus : vous n’êtes pas prêt·e pour la leçon 2. Le gabarit ci-dessus est le corrigé.
Ce que dirait un pro senior
Le vocabulaire n’est pas de la paperasse pour faire « agence ». C’est le seul moyen de dire non le jour J sans passer pour quelqu’un de pénible. Camille n’est pas « la cliente café qui n’y connaît rien ». Elle formule une envie. Votre métier, dès la carte, c’est de transformer cette envie en dix lignes honnêtes — marque d’un côté, geste de l’autre, livrable chiffré, droits écrits — avant d’allumer quoi que ce soit.
Les leçons 2 à 4 parlent d’outils, d’opportunités réelles sur ce site, et de rôles. Sans ce glossaire, elles produisent du bruit. L’IA n’est pas dans cette leçon : elle n’a pas de mots à elle. C’est vous.